Nicolas Anglade

Photographie
Démarche artistique: 

La première fois que Bashung a chanté en privé « Comme un légo », Gérard Manset lui a demandé de s'arrêter : c'était trop d'émotion d'un coup, beaucoup trop pour l'auteur de cette chanson. Imaginons maintenant que ce soit moi qui chante ce titre pour la première fois au printemps deux mille sept. L'auditeur trop sensible m'aurait certainement gratifié d'un « Tiens ? T'es enroué ? Tu ne fais plus ta cure saisonnière de niaouli ?».

Tout ça pour vous dire qu'en plus du don, il y a l'intention. La juste dose énergétique que l'on met dans chaque mot, dans chaque couleur, dans chaque temps. Et là, jolies dames et beaux messieurs vous allez être servis. Car Nicolas Anglade, je le vois comme un magnétiseur qui connaît bien sa force ou comme un sourcier avec téléobjectif-baguette: « Stop ! Faut creuser là ! ». Maintenant vous voilà intrigué et vous le cherchez des yeux dans la salle d'expo. Anglade, c'est certainement ce vénérable octogénaire à l'air malin ? Bah ! Je ne vous dis rien, vous verrez bien, c'est la surprise. Si vous entendez un rire, un vrai, un vrai rire de vacances sachez que vous brûlez. Et que vous venez d'entamer un singulier voyage dans l'espace-temps car ce rire-là pourrait résonner dans l'atelier d'un maître flamand comme dans la maison d'un calligraphe japonais. Pour la date exacte, je vous laisse le choix: bien après le christ, juste avant le prophète, en même temps que le bouddha.

Dans la série que vous allez voir, l'humain passe, attend à un feux ou se retourne pour fixer l'objectif, « chacun vaque à son destin, petits ou grands, comme durant les siècles égyptiens, péniblement ». Péniblement, parfois, mais résolument révélé. Et puis il y a la ville. Belle-effroyable, prison-refuge. Là, un homme se presse, courbé. Va-t-il signer un compromis de vente ? Chercher des remèdes pour sa petite ? Court-il à la grande manif de mars ? Aurait-il croisé un amour d'autrefois ? Trouvé Dieu ? Oh murs ! Vous en verrez d'autres... pourtant cet inconnu devient vivant symbole de la transcendance. Un bel écho à une série inaugurale d'il y 'a dix ans. En attendant Anglade nous revient de loin, de la campagne précisément. Les photos prises là bas, tout prêt, sont foudroyantes. Tout y est, tout. Les morts, les vivants, tout. Enfin, vous verrez bien par vous même.

Lorsque on suit un créateur depuis longtemps, on a le privilège de comprendre ce que tout les actionnaires du monde ne sauront pas: seul le travail paie. Évidemment, il n'offre aucun palace hollywoodien mais rend la justicière masquée insaisissable, entraîne la fourmi champignonnière vers les plus secrets vertiges et permet à mon photographe préféré de nous faire voyager au cœur des mystères quotidiens.

Pascal Virlogeux