Camille Féry

Photographie
Arts Graphiques
Vidéo, Installation, Arts numériques
Démarche artistique: 

Mon travail s’articule autour du concept de la fenêtre. Ce thème a été très rapidement présent dans mes productions. Je m’arrête souvent à l’angle d’une rue pour observer une fenêtre et son intérieur, et rêve régulièrement devant cette ouverture laissant apparaître nombre de surprises… Bref, cet objet suscite ma curiosité et m’amène à la réflexion.
Qu’il s’agisse de voyeurisme, d’observation, de curiosité, ou d’une simple contemplation, la fenêtre rend à l’espace sa porosité infinie. Elle laisse échapper des informations, souvent secrètes et intimes dans un sens, et des signes de vie, dans un autre. La fenêtre comme cadre dissimulant une partie du monde, mais laissant divaguer l’esprit.
Une séparation entre deux contre-espaces : l’intériorité et l’extériorité, la chaleur et le froid, le silence et le bruit, la solitude et la foule, la réceptivité et la fermeture, l’acteur et le spectateur…

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ? »
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869