Laurane Chauderon

Peinture
Démarche artistique: 

Les visages sont proches et forment la chair du désert.
Evidemment, j’ai très faim, et je garderais bien tout, au fond de mon ventre.
C’est là que naissent les paysages de l’affect, et s’estompent avec le temps.
Par touches, la lumière module les vanités que vous êtes pour moi.

Plus que les mémoires se croisent,
comme des bouts de mots qui n’appartiennent pas au même espace-temps.
Toi et moi, nulle part.
Un va et vient, sans début ni fin,
retenu entre deux.

Ce croisement a valeur de trace, la fiction pour mot, témoin d’une réalité sensitive.
C’est un je que l’on trouve. C’est un jeu pour jouer avec toi.

Ma démarche artistique s’articule autour de trois corps distincts pour retranscrire un sentiment physique et psychique lié à l’expérience de l’autre. Parfois sous forme d’assemblage, il s’agit de paysages de désert peints de mémoire, de portraits de proches peints aussi, ainsi que des mots à valeur de dialogue sous-jacent. Ce sont des fragments de mémoire qui s’associent ponctuellement pour trouver l’acuité de moments passés dans un flou présent, intime. Cette idée de flou au net, de net au flou, comme un recul de l’œil, se retrouve notamment dans le traitement des chairs de la terre, mais aussi des visages peints. Ce sont des jeux de matières, des frottements , des couches superposées qui rendent poreux l’extérieur à l’intérieur. Ainsi, les repères se perdent, les échelles espace-temps disparaissent pour laisser une lecture concentrée sur les sens.

Si je m’attarde sur la notion des sens et de la mémoire, c’est qu’à mes yeux ce sont deux expériences qui témoignent de l’affect comme lien avec ce qui nous entoure. L’affect est le prisme à travers lequel je pratique la peinture. Je m’explique : c’est à l’issue d’une rencontre amoureuse que je me suis mise à peindre le visage de mes proches, mais surtout, l’expérience qui en découle. Je ne peins que très rarement d’après photographies, et auquel cas, il doit s’agir de moments vécus. Il m’est nécessaire de partir du réel car le rapport physique qu’induit la peinture pour moi, doit trouver sa source première dans l’expérience physique d’un instant. Instant qui m’échappe, soit dit en passant. C’est d’ailleurs notamment pour cette raison que le paysage, jusque là traité en photographie, est arrivé en peinture il y a seulement deux ans, suite à une résidence artistique au Pérou, où j’ai pu passer du temps. Le désert, étonnement charnel, fut suffisamment familier pour prendre sens en peinture, ce qui ne m’était jusque là pas arrivé avec un paysage.
Le texte quant à lui, indique la part narrative de mon travail sans le situer dans une chronologie. Il a ce rôle de placer le spectateur en acteur et de le placer dans une zone plus sensitive que logique comme on l’entend. C’est un monologue sous forme de dialogue parfois, où la mémoire raconte un aujourd’hui.

Il s’agit finalement d’aborder la question du sentiment autant dans le sens étymologique du termes, que dans le sens commun d’aujourd’hui à travers des raisonnements de peinture. C’est peut être pour cela que je me reconnais d’avantage dans une famille de peintre 19-20éme mais que cependant, je suis également très sensible a certains peintres contemporains telle Myriam Cahn, qui se situe dans une figuration foncièrement subjective.