
La danseuse

En marche.24

Ma 205.25

La vie devant soi.24
Démarche artistique :
J’ai toujours rêvé des tracteurs
Avez-vous déjà vu des enfants s’imaginer conduire un tracteur ?
Des bruits de bouches sans orthographe possible, les poings serrés, les bras en avant, et voilà nos paysans miniatures partis pour les champs.
Du jouet au tracteur il n’y a qu’un pas qui se fait aussi dans le sens inverse : du tracteur au jouet. La fascination que procure les engins de champs et de chantiers, leur puissance décuplée par la simple action de manettes, tient du jeu.
J’en ai fait des portraits. Personnages de leur propre histoire, je les tire de la léthargie où ils sommeillent. L’action du temps sur la matière, la rouille, la patine, disent les heures passés entre des mains humaines.
Enfance, souvenir, rêve, ces objets racontent leur passé.
«Ainsi le portrait, dont une origine possible serait le moulage du masque funéraire : la magie de cet art consiste à rendre présent l’Absent, à convertir le trépassé en revenant, à convoquer les disparus dans le cercle de la présence. C’est la raison pour laquelle, de tous les genres de l’art de peindre ou de dessiner, le portrait a toujours été tenu pour le plus « mimétique », c’est-à-dire le mieux capable de provoquer l’illusion, le simulacre de la présence, comme si l’effigie dans le cadre était plus qu’une image : un fantôme revenu de l’au-delà pour hanter nos mémoires.»
Jacques Darriulat
Mes fonds abstraits soutiennent la représentation du sujet hyperréaliste. Temps de création court pour le fond, temps de création long pour le portrait lui-même. Geste ample pour le fond, geste précis pour le portrait.
J’isole mon modèle dans un décor irréel, ce contraste provoque une mise au point de l’oeil sur les détails et accentue l’individualité du personnage.
Il existe.
Pour qu’ils continuent de vivre à travers leurs représentations, pour qu’ils nous fassent rêver encore, pour qu’on imagine ce qui les a mus, manoeuvrés, animés, avant d’être figés, rangés, remisés, abandonnés.
Convocation des oubliés, nostalgie fabuleuse, cette approche est le chemin vers une démarche prochaine : celle de l’effacement.
Quand les portraits deviendront des suaires qui nous donneront à voir l’empreinte du modèle lui-même. On dirait que ça serait mon prochain rêve.
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