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Démarche artistique :
KAIFUKURYOKU
La résilience est, une qualité fondamentale, capable de nous sauver en tant qu’individus mais aussi en tant que société. C’est une clé pour continuer à vivre pleinement, pour retrouver du sens et pour avancer malgré les épreuves. Avec ce projet, j’ai voulu offrir non seulement un regard sur la beauté et la sagesse de la nature, mais aussi un message profondément humaniste et spirituel : celui de l’élévation et de la guérison.
Kaifukuryoku, qui signifie le pouvoir de la guérison en japonais, incarne cette idée. Il s’inscrit dans ma démarche artistique, inspirée depuis longtemps par la culture japonaise, ses traditions et ses arts. Ce projet explore plus particulièrement l’art du kintsugi et les phénomènes de paréidolies.
Les Arbres : Une Source Inépuisable d’Inspiration
Les arbres, par leur posture entre ciel et terre, leur alignement avec les saisons, et leur capacité à se réparer et à s’adapter, incarnent pour moi un équilibre fascinant et universel. Ils reflètent des valeurs humaines essentielles, et leur observation nourrit ma création de façon infinie.
Les écorces, en particulier, me touchent. Elles sont l’expression de multiples cicatrices. Elles sont des œuvres d’art intrinsèques. Lorsque l’on prend le temps de les contempler, elles révèlent de véritables petits mondes. Avec ou sans phénomènes de paréidolie, elles offrent pour celui qui sait regarder et qui ouvre son imaginaire, un univers microscopique : lignes, bosses, aspérités, mousses, tout évoque des paysages de vallées, de montagnes ou de reliefs subtils. Dans mon travail, je me plais à relever et à suggérer ces formes, notamment lorsque je rehausse mes lithographies avec des matériaux qui leur redonnent vie et sens.
Photographie et Litho-photographie : Un Dialogue
Ce projet croise deux techniques artistiques : la photographie et la litho-photographie.
• La photographie capture les détails et la texture des écorces. Depuis des années, je constitue une collection de clichés d’écorces et de phénomènes de paréidolie qui y apparaissent, comme des reflets des histoires de vie, du passage du temps, des paysages, des esprits de la nature (les kodamas) qui habitent les forêts…
• La lithographie permet d’explorer la notion de réplique, comme un dialogue entre l’image photographique originale et ses déclinaisons imprimées. Ces répliques, bien qu’issues de la même source, racontent chacune une histoire différente.
Des Rehaussements Portant un Message
Dans la globalité du projet (certaines lithographies sont créées en monochrome, tandis que d’autres sont rehaussées avec des matériaux variés : feuille d’or, ficelles, et autres éléments symboliques. Ces rehaussements incarnent la réparation, l’élévation et la sublimation des imperfections. La feuille d’or, en particulier, est un hommage direct au kintsugi, et symbolise la résine réparatrice de l’écorce. Elle est aussi un rappel de notre capacité à transformer nos blessures en force lumineuse.
Une Invitation à Contempler
Kaifukuryoku est ainsi bien plus qu’une exploration de la beauté de la nature. Il s’agit d’une invitation à contempler ces marques de résilience, et toutes ces formes imaginaires, qu’elles soient présentes dans la nature ou inscrites dans notre propre histoire et dans notre imaginaire. À travers ces œuvres, je cherche à rappeler que chaque fracture, chaque cicatrice, peut être sublimée, et que notre regard a le pouvoir de sublimer.
En somme, ce projet, mêlant nature, art, et philosophie japonaise, invite à une méditation profonde sur la beauté de la vie réparée. Les écorces d’arbre deviennent alors des ponts entre l’art et la nature, entre le passé et le présent, entre la perte et la renaissance. Entre la réalité et l’imaginaire.
Impression des lithographies : Frédéric Gomez, Atelier ESTAMPA à Aurillac
Développement de la photographie, Atelier 36, Jérémy Savel à Polminhac.
Pour aller plus loin :
1. Le nœud de l’arbre : une cicatrice naturelle
Le nœud d’un arbre, comme une blessure qui s’est refermée, symbolise la capacité d’un organisme à se réparer tout en intégrant l’histoire de cette cicatrisation dans sa structure. Le nœud raconte les chocs et les adaptations de l’arbre face à son environnement. C’est une mémoire vivante, à la fois une faiblesse structurelle et un signe de force, puisqu’il prouve la survie et l’adaptation de l’arbre
2. Kintsugi : une esthétique de la réparation
Dans l’art japonais du kintsugi, les fissures et les brisures de la céramique sont réparées avec de l’or ou d’autres métaux précieux. Cette pratique valorise les cicatrices comme des témoignages de résilience et d’histoire, transformant la blessure en un élément esthétique. Elle porte une philosophie profonde : accepter les imperfections et les intégrer comme partie de la beauté et de la vie
3. L’or comme résine : un parallèle
L’arbre utilise sa propre résine pour guérir ses blessures, tout comme le kintsugi utilise l’or pour sceller les fractures d’un objet. Ce parallèle souligne la dimension réparatrice et narrative des matériaux utilisés : dans les deux cas, la matière de réparation transforme la cicatrice en un signe d’identité et de mémoire.
4. Dialogue artistique : la lithographie et la réplique
En utilisant une photographie du nœud d’un arbre, reproduite par la technique de la lithographie, iml ya des forts symboliques.
• La réplique dans la réplique : La lithographie, par sa capacité à produire des multiples, devient un écho du processus de réparation. Chaque réplique pourrait être altérée, « réparée » à son tour avec des interventions dorées ou gravées, en dialogue avec les imperfections de l’image originale.
• Le public comme témoin : Ces répliques réparées sont e présentées comme autant de témoignages d’une histoire unique mais vue à travers des interprétations variées. Le spectateur entre alors dans ce dialogue, confronté à des narrations multiples d’un même « trauma » ou d’une même résilience
5. L’interprétation de la réparation
Le processus de lithographie ici est également conçu comme une métaphore :
• La répétition des impressions évoque le cycle de la cicatrisation, de la mémoire et de la transmission.
• Chaque « écorce imprimée » devient une version, une interprétation, qui porte en elle une part de l’original tout en s’en différenciant.
• L’intervention artistique, qu’elle soit une retouche dorée ou une superposition d’autres médiums (gravure, collage, peinture), souligne que chaque réparation raconte une histoire unique.
6. Un art en dialogue avec le public
L’ensemble constitue une installation où le spectateur est invité à explorer :
• La beauté des blessures (les nœuds des arbres et les fissures dans les impressions).
• La manière dont la réparation sublime le traumatisme.
• Le parallèle avec sa propre résilience humaine : la capacité de chacun à intégrer ses cicatrices dans son récit personnel
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